Moi, une psychanalyse ?

 

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Une psychanalyse ?

Dans le vaste champ de l’étude du psychisme, existe la psychanalyse aux cotés de la psychologie, la psychiatrie et différents courants thérapiques…

La psychanalyse fondée par Freud,  repose sur l’existence de l’inconscient, c’est à dire le fait que « ça » nous échappe, alors comment saisir « ça » ?

Par le simple fait de parler ? oui. Il ne s’agit pas de n’importe quelles paroles, il s’agit de vous, de ce que vous pouvez exprimez, de ce que vous pouvez dire de ce qui vous occupe ou préoccupe. De ce que vous pouvez dire ET de ce que vous pouvez entendre.

Lacan ajoutera : « L’inconscient est structuré comme un langage ».

 

Vous aimeriez bien entamer une analyse, ou faire une « autre » tranche, mais vous vous posez peut-être ces questions ?

* Une analyse a-t-elle une fin ? et comment se décide-t-elle?

Bien sûr qu’une analyse a une fin, ou tout du moins ce que l’on appelle une « cure analytique », même si pour certains, vous avez déjà dû l’entendre, certaines analyses s’étendent, s’étendent… jusqu’à ne pas finir. Certains analysants peuvent avoir la crainte de devenir « dépendants » et de ne pouvoir finir. Or Finir fait entièrement partie de l’analyse. C’est un moment particulier où la fin apparaît comme une évidence et pour l’analysant et pour l’analyste.

Si ce n’est le cas, et cela peut arriver que l’analyste n’y entende pas la fin, ma position est radicale : je soutiendrais toujours le choix de l’analysant, c’est lui qui « sait », sait le moment où il a envie d’arrêter.  C’est en ce qu’il pense ce qu’il dit que l’analyse est possible, alors pourquoi ne pas lui en assurer à la fin de cure, la légitimité ? C’est indubitablement l’analysant qui a les clefs de sa fin de cure et non l’inverse. A quoi sert une fin d’analyse versée dans la culpabilité sinon à rendre amer la séparation ? Oui l’analysant se doit d’affirmer sa parole envers l’analyste, quitte à transgresser sa culpabilité, et l’analyste à cet endroit d’en assurer l’envers : « Nous sommes quitte, allez… je vous fais confiance » (comme vous m’avez fait confiance).

Là où l’analyse s’arrête me paraît on ne peut plus signifiant pour la suite du parcours de l’analysant. Il me semble que cela s’arrête sur une arête, là où l’analysant et l’analyste ne peuvent aller plus loin en l’état.

Mais si jamais la fin de cure reste sur une culpabilité, une tension, voire une opposition envers l’analyste, surtout, ne pas rester avec ça, l’analysant mérite « d’aller bien » du fait de parler. Toute la question alors réside dans comment réussir la séparation…  en sortir serein.

La durée de l’analyse est variable, de quelques années à plus d’une dizaine d’année, notamment dans le cas où l’analysant veut passer analyste, mais pas seulement (la moyenne selon certaines statistiques tourne autour de 7 ans). Plusieurs « tranches » d’analyse sont possibles, c’est à dire qu’il y a eu une fin d’une première cure, et la nécessité de reprendre une analyse peut se faire sentir, avec le ou la même analyste ou une autre personne. Les tranches suivantes ont également une durée variable, mais généralement sont plus courtes.  Cette reprise d’analyse correspond à une problématique restée en suspend dont la reprise va permettre de refaire un tour et d’en dénouer les brins.

 

* Qu’est -ce que vivre le transfert, quels sont les « dangers » du transfert ? de part et d’autre?

Le transfert représente le lien entre deux personnes. Dans le cadre de l’analyse il est particulier. Si l’analysant ne s’adresse pas à un membre de sa famille ou à un ou une amie, mais à un analyste, une personne qu’il ne connait pas, c’est qu’il suppose l’analyste comme détenteur d’un savoir. L’analysant, en confiance, va attendre de l’analyste son savoir. L’analyste, lui, n’a pas à donner son savoir, mais va souligner le savoir de l’analysant qu’il possède sans le savoir. Souligner par des onomatopées, le « hun… » bien connu, par des questions, une interprétation, par le fait de répéter ce que l’analysant vient de dire, par le fait de terminer la séance sur quelque chose qui vient d’être dit… Tout un arsenal qui appartient particulièrement à la psychanalyse.

Les dangers du transfert pour l’analysant ? Qu’il n’ose dire ce qu’il pense ou qu’il se sente en opposition avec l’analyste. Dans l’un ou l’autre cas, c’est le travail analytique qui est mis en danger. Mais le transfert en tant que tel n’a pas de danger particulier. Si l’analysant est pris dans une vague d’amour envers son analyste, c’est à l’analyste d’en replacer le contexte.

Les dangers du transfert pour l’analyste ? Il arrive que certaines choses dites par l’analysant viennent toucher particulièrement l’analyste, dans son histoire à lui. C’est pourquoi dans les premières années où l’analyste s’installe, il fait une supervision, une analyse de sa pratique professionnelle, c’est à dire qu’il va parler de ce qui vient le toucher particulièrement, et y reconnaître ses limites.

Le danger pour l’analyste, c’est que mis en place de supposé savoir, il peut s’y croire… Or s’il glisse d’une position de supposé savoir, nécessaire à l’analyse, à une position de savoir, il sort du cadre de la psychanalyse ou met en danger le travail analytique. L’analysant peut y entendre alors que l’analyse est finie avec cette personne là.

Choisir son analyste, comme pour l’analyste choisir son analysant, est unique. Le choix qui est tout d’abord inconscient, petit à petit à l’aide du transfert vont émerger les sens de ce choix. Un travail peut fonctionner, à mon avis, que s’il y a rencontre, au sens fort du terme, c’est à dire là où l’analysant et l’analyste s’entendent à minima.

 

* Que cherche à résoudre une analyse ? Les patients viennent généralement consulter pour un mal être ou un  drame particulier, poursuivent- ils pour une recherche plus globale?

Les motifs d’entrée en analyse sont très variables, et toujours uniques. Mais il est un fait que ce qui motive la démarche peut être dû à une souffrance ou une angoisse particulière. Le patient à mon sens, doit pouvoir sentir assez rapidement les effets soulageant du fait qu’il vienne parler et s’assurer qu’il s’adresse à quelqu’un qui puisse l’entendre. Si ce n’est le cas,  en parler me parait une bonne idée, soit parce que le travail ne fonctionne pas, soit parce qu’il y a peut-être certaines choses qui méritent d’être dites.

Le travail d’analyse cherche à résoudre l’angoisse et la souffrance mais uniquement au travers de ce qui peut se dire et des effets de la parole. Aussi l’analysant peut être surpris de s’entendre parler, surpris de son savoir inconscient… Tout d’un coup il « entend », et c’est là où l’analyse commence, une aventure intérieure qui nécessite du temps pour se dérouler.

Disons qu’à partir du moment où l’on s’entend parler, où les effets de la parole se reconnaissent, l’analysant va acquérir un savoir inconscient, qu’il pourra partager autour de lui, et pourra lui donner les moyens de se positionner différemment dans sa relation à l’autre, que ça soit dans sa vie professionnelle, sa vie affective… là où la parole est nécessaire.

 

* Le rapport au coût et à la durée ? C’est une question importante pour les analysants.

D’une manière générale, chacun a une idée subjective d’un tarif de séance qu’il aimerait payer. C’est là où il me semble important qu’un équilibre se fasse entre ‘pas trop bas’ pour que le travail ait une certaine valeur ‘ni trop élevé’ ce qui rendrait le travail impossible.

D’autant que venir une fois par semaine, deux fois ou trois fois ne représente pas le même investissement.

C’est pourquoi je ne pratique pas de tarif fixe car la question d’argent est suffisamment importante pour être discutée. Il est nécessaire de trouver un accord, vu la différence de budget de chacun et la fréquence des entretiens, conditions déterminantes pour le prix des séances.

Sachant que le prix et la fréquence pourront évoluer au cours de l’analyse en fonction de ce qu’il s’y passe.

Quand à la durée des séances, elle est variable et ce, en fonction de ce qui est dit. Certaines séances demandent du temps pour élaborer une pensée, dans d’autres, ce qui est dit est suffisamment saisissant pour que la séance s’arrête là, faire durer n’apporterait rien de plus.

Dans ce cadre, le tarif correspond  au coût d’une séance et n’est pas établi en rapport à une durée.

Mais si j’observe ma pratique courante, la durée de la séance tourne autour d’une demi-heure.

 

* Quelles sont les conditions de « réussite » d’une analyse ?

Permettez-moi de citer Lacan (Silicet 6/7 p11) :

« Je m’excuse si ce que je dis semble- ce que ce n’est pas- audacieux. Je peux seulement témoigner de ce que ma pratique me fournit. Une analyse n’a pas à être poussée trop loin. Quand l’analysant pense qu’il est heureux de vivre, c’est assez. »

Les modalités de fin d’une analyse (ou cure analytique) me paraissent fondamentales pour la « réussite » de l’analyse. Surtout pour l’après-coup d’une analyse. Car qui dit fin d’analyse, dit séparation, dit « coupure », de toutes façons cela fait effet, et nous savons qu’il existe une multitude de coupures à effets variables. Certaines coupures, comme certaines fin de cure (comme certaines séparations ou divorces), produisent de la béance. Cela ne veut pas dire que l’analyse n’est pas réussit, mais qu’il faudra sans doute un tour pour repe(a)nser l’ensemble.

Car il existe d’autres sortes de coupures, de séparations, de fin de cure ou tranche qui « ouvrent », qui soulagent, qui permettent de passer à autre chose, autrement….

 

Mais l’on peut se poser la question : qu’y a-t-il après l’analyse ?

Eh bien, après la cure analytique existe toujours d’une certaine manière l’analyse, l’analysant poursuivant seul son analyse, toujours en relation à d’autres mais cet autre n’est plus nécessairement un analyste.

Pour les analysants qui se destineraient à devenir psychanalystes, il me semble que la fin de cure mérite d’être reprisée. Se risquer à éclairer « là où ça s’arrête »,  sur l’arête, ce fait saillant permet de retraverser son fantasme, là où nous n’avions pas pu aller plus loin à un moment donné. Arrêter et finir sont deux notions différentes.

Si j’insiste autant sur les fins de cure et leurs après-coup, c’est que je pense que l’avenir de la psychanalyse en dépend, ne serait-ce  que pour la qualité des échanges entre analystes et ce qu’ils représentent : la psychanalyse.

 

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